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Le temps s’est arrêté ?

Il est des lieux, loin de l’effervescence de nos villes et de nos vies, où l’on pourrait croire que le temps s’est arrêté.

J’ai passé 24h dans un de ces lieux : une petite ferme isolée où presque rien n’a bougé depuis des années : la cuisinière à bois au milieu de la cuisine/salle-à-manger, l’évier en pierre sous la fenêtre. La porte de la cuisine donne directement sur l’étable toujours fonctionnelle mais désormais vide. La grange au-dessus toujours pleine d’un foin qui ne servira plus…

Les derniers occupants ont progressivement ralenti leurs activités, puis, les animaux, et ensuite leurs maitres sont morts. Leurs enfants, partis depuis longtemps vivre en ville, entretiennent encore un potager comme le faisait leur père et cultivent sur quelques terrasses des pommes de terre qu’ils viennent récolter en famille.

Certes, il y a eu quelques changements : dans les années 90, des toilettes modernes ont été installées dans l’étable pour ne pas avoir à traverser la coure ; au XXIième siècle une douche et un chauffe eaux ont apporté leur lot de confort.

Globalement cependant, la vie des occupants n’a pas varié au fil des temps : la culture en terrasse qui ne permet que peu de mécanisation (blé, maïs, pomme de terre, et maraîchage) et à côté un peu d’élevage : quelques vaches, des chèvres et des moutons, des cochons, des lapins et des poules. Tout cela permet de faire vivre une famille, sachant qu’une fois par semaine, il fallait aller au marché, vendre quelques fromages et autres produits de la ferme et acheter les outils et tout ce que l’on ne produisait pas.

Ici le temps s’est arrêté, enfin surtout le temps des hommes. La vie a continué, sans l’homme.

Nous regardons la montagne couverte d’arbres et d’arbustes : «Et dire qu’autrefois on cherchait de l’ombre quand on allait garder les chèvres»… s’exclament les anciens.

Et,  s’enfonçant dans la forêt, de m’expliquer qu’ici, il y avait des champs, et là des prés… Pourtant, même les murettes ont disparu, et si l’on devine encore les terrasses, elles sont enfouis sous les ronces et les pins. Des gens cultivaient ici ? Impossible : trop haut ? pas la place pour qu’un tracteur puisse accéder car les terrasses ne font rarement plus de cinq mètres de large.

«Dans cette maison nous vivions à 11» me dit-on en désignant une ruine. On devine le contour des pièces et avec précision où logeaient les frères, sœurs, oncles et tantes, sans oublier les animaux qui faisaient toujours partie de la famille. La source est toujours là, tout comme l’attache du réseau électrique installé en 1952. Plus étonnant encore, un crochet pendu à un arbre est toujours là aussi : il servait à suspendre le séchoir à fromage.

Ici, les hommes ont abandonné ce coin de terre et la nature a repris ses droits.

… pourtant que la montagne est belle !

Faut-il être nostalgique ? J’en doute. Là où certaines activités s’arrêtent, d’autres reprennent de manière différente.

La beauté du lieu, le désir de produire de manière raisonnée ou avec des techniques différentes, voilà ce qui fait venir de nouvelles générations de paysans.

J’ai rencontré des gens qui voulaient produire sans tracteur mais avec l’aide d’un cheval en utilisant les techniques de la permaculture. Ici, ils ont trouvé un terrain que plus personne ne veut cultiver. Leur technique est-elle si différente de ceux qui travaillaient là il y a un demi siècle ?

J’ai rencontré Carole et Nicolas, un couple de bergers qui font paître leurs brebis dans ces forêts de châtaigniers : produire, soigner, vendre directement et témoigner de leur travail, de leur choix de vie, voilà toute leur ambition.

J’ai entendu parler de Pierre Rabhi qui a suivi également ce chemin de retour à la terre. Parcours difficile, mais qui a dit que la vie est facile ?

Finalement non, le temps ne s’est pas arrêté. La vie poursuit son renouvellement permanent, son cycle infini des saisons. Des hommes abandonnent des terres que d’autres reprennent après. Au pire, la nature s’en chargera.

La Montagne est Belle, comme disait Jean, mais l’automne est peut-être passé. Il se pourrait même qu’une hirondelle ait fait le printemps.

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