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10 ans… d’expérience

Vous connaissez la blague : « J’ai 20 ans avec 10 d ‘expérience ! » ? Je viens d’expérimenter cela avec l’un de mes derniers projets, celui-là même que j’avais réalisé lorsque j’étais en stage de fin d’étude il y a 10 ans.

Le site n’a pas beaucoup évolué d’un point de vue fonctionnel, c’est un magazine en ligne avec beaucoup d’articles et quelques fonctionnalités secondaires. D’un point de vue ergonomique et esthétique, il a vécu sa vie, remanié régulièrement.

Quand j’en ai fait la refonte il y a 10 ans, je ne connaissais pas la technique, je parlais à peine les langages, l’ergonomie, le graphisme et le marketing était des gros mots pour moi. Bref : j’étais un grand débutant.

Les conséquences directes, c’est que j’ai passé des heures, des jours, des mois à essayer laborieusement de faire fonctionner tel ou tel élément… J’ai de ce stage le souvenir d’avoir passer mon temps à chercher des solutions à un nombre inimaginables de problèmes. J’ai aussi le souvenir d’une grande fierté à avoir réalisé tout seul ce site… malgré ses imperfections.

Quelques mois après, j’étais ingénieur. Puis j’ai eu un premier job, puis un second, avant que je mette à mon compte. Durant cette période, je me suis occupé à apprendre, tous les projets étaient des prétextes pour tester une technique, essayer une nouvelle technologie… améliorer également ce qui peut l’être : l’interface, l’ergonomie, l’esthétisme (et même le marketing).

Je dois faire ici une parenthèse, j’ai beaucoup suivi les conférences de Paris Web, et pourtant je n’y suis allé qu’une fois. Ces conférences m’ont donné une seconde formation, celle du terrain, celle que l’on ne peut apprendre dans les écoles. J’ai eu l’occasion également d’aller à des Symfony Live (merci à mon second employeur) qui ont également pu booster ma motivation à aller de l’avant, à tester de nouvelles solutions.

Et voilà qu’au printemps 2015, j’ai un appel d’un partenaire qui me demande de refaire un site (ça m’arrive souvent en fait), mais pas n’importe quel site, celui-là même que j’avais fait en stage de fin d’étude. Je vous avoue que ça ne m’a pas du tout emballé dans un premier temps, je me souvenais surtout des difficultés que j’avais eues, des retours incessants sur je ne sais quel bug que je n’arrivais pas à corriger…

Et puis j’ai réalisé : ça c’était avant !

Je vous passe les dizaines de problématiques que je savais déjà résoudre, les difficultés de technologie, de langages… ce coup-ci il m’aura fallu quelques jours pour réaliser un site plus solide, mieux conçu, avec moins de bug, plus utilisable que ce soit pour l’internaute que pour l’administrateur. Je n’ai pas eu à chercher la solution à beaucoup de problèmes ce qui ne m’a pas empêché de tester de nouveaux outils, de nouvelles techniques.

J’ai grandi, j’ai progressé pour devenir un développeur compétent et productif.

Je devrais ajouter tout de même, que rien n’aurait était possible sans ce premier site. En effet,  j’ai décroché mon premier job en partie grâce à cette expérience. Et cette expérience cumulée aux suivantes m’a emmené plus loin…

S’il n’y avait pas eu cette première personne qui m’a fait confiance (et qu’il l’a peut-être regretté étant donné mon incompétence de l’époque ?) rien n’aurait été possible. Merci à lui, merci à toutes les personnes qui prennent le risque de faire travailler un débutant… qui prennent le temps de former un incompétent.

Aujourd’hui j’ai 23 ans avec 10 d’expériences !

Certain me demanderont de quel site il est question… c’est www.atoi2voir.com aujourd’hui propulsé avec WordPress, tandis qu’il y a 10 ans c’était du Manbo (qui a été plus tard forqué pour produire Joomla). Le graphisme est de Furious Creation, il y a 10 ans c’était moi avec mes petites mains et mon mauvais goût.

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livre Réflexion Revenu de Base Technologie

Partage des œuvres et Revenus pour les artistes

J’écoutais samedi le «Débat sur la légalisation et la rémunération du partage sur Internet» à «Pas sage en seine», sujet passionnant où tous les interlocuteurs sont d’accord au moins sur une chose : Internet change terriblement la donne.

Les Revenus

Je suis complétement d’accord avec Thierry Crouzet quand il affirme que  le Revenu de Base fait tomber la question de la rémunération des auteurs, tout au moins de ceux qui créent pour autre chose que de l’argent. J’ai d’ailleurs était assez surpris de la retenue de Lionel Maurel sur ce point (à 46min) : «même avec un revenu de base, il y aurait quand même intérêt à laisser une contribution créative».

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec ça : est-ce la course à l’argent qui motive les artistes ? Si tel est le cas, il faut les qualifier d’«hommes d’affaire».

Un artiste fait son œuvre et espère qu’elle sera diffuser et qu’elle touchera son public. Le Revenu de Base lui assure une sécurité matérielle durable pour pouvoir réaliser ses œuvres.

Un homme d’affaire réalise des investissements, et ce faisant, il prend un risque pour rentabiliser son œuvre puis faire du bénéfice. Le Revenu de Base ne change rien pour lui si ce n’est une certaine assurance (meilleure que celle revendiquée par les intermittents du spectacle).

Le partage

Le partage libre et gratuit dès la publication ne va pas changer grand chose à l’artiste en matière de revenu et va lui donner l’occasion d’atteindre plus facilement le public, en revanche il peut se révéler catastrophique pour l’homme d’affaire.

À mon avis, la solution proposée par Lawrence Lessig (dont Lionel Maurel reprend des morceaux) est bien meilleure :

  • Par défaut toutes les œuvres sont dans le domaine public
  • Il est nécessaire d’enregistrer tout œuvre dont on souhaite une protection de la part de l’état.
  • Cette enregistrement est payant, d’une durée limitée (par exemple : 5 ans pour un film, 1 an pour un livre, 2 ans pour un disque), renouvelable une seule fois.
  • Le dépôt de l’œuvre est obligatoire pour permettre sa diffusion et sa résilience une fois qu’il est élevé dans le domaine public.

Ainsi l’artiste peut choisir de commercialiser son œuvre sans pour autant craindre qu’elle ne soit enfermée dans le droit d’auteur.

L’homme d’affaire doit simplement prendre en compte dans son business modèle un temps fixe pour rentabiliser son œuvre.

Le partage et les revenus

À ce système peuvent être cumulés des systèmes privés de rémunération.

Crowdfunding

Le crowdfunding pour financer l’œuvre par le public directement par souscription. Le coût humain étant bien plus léger, ce financement est plus facile.

Don et micropaiement

A posteriori, l’artiste peut choisir de recevoir des dons en espèces sonnantes et trébuchante. Par exemple, flattr permet de rétribuer un panel de créateurs que l’on aime et à qui on va décider d’attribuer un budget.

Dans un cas comme dans l’autre, le risque est limité car l’artiste a son revenu de base pour vivre quoi qu’il arrive. Le public ayant acquis une sécurité financière sera également plus à même de donner pour encourager les projets qu’il apprécie.

Le revenu de base est expliqué au musée du Capitalisme à Namur.

Au final, le partage est assuré pour tout œuvre, au pire après un délais court : le grand gagnant est la culture.

La rémunération est assurée pour tous, grâce au revenu de base.

Il existe toujours des formes de «contributions créatives», des revenus supplémentaires pouvant (éventuellement) favoriser la création.

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Réflexion Revenu de Base Technologie

Le grand méchant Amazon — ou comment créer un monde meilleur?

Ce titre devrait plaire à plus d’un, tant il est vrai que cette entreprise et sa manière de faire du business déclenchent les passions. Mais que lui reproche-t-on vraiment ? Et comment peut-on s’en sortir ?

CC BY Carl Malamud public.resource.org

Je passe sous silence certains problèmes entendus qui sont très spécifiques à certaine personne ou au e-commerce : besoins de toucher, de feuilleter, de voir… ou encore problème lors de la distribution (avec la poste)… Cela est très marginale, ça existera toujours et ne gêne absolument pas le mastodonte dans son business.

La mort des libraires
— et autres petits commerces

Le premier reproche que l’on fait à Amazon est de tuer les petits commerces. En fait Amazon est juste plus efficace que ses concurrents, comme l’était la Fnac… et cela n’a rien de malhonnête. Le problème est bien plus simple que cela et c’est le fonctionnement de notre société qui est à remettre en cause : l’argent — qui a pris une place centrale à notre époque — oblige les magasins à faire le plus possible de vente et le moins possible d’autre chose. La petite librairie de quartier où le libraire donnait des conseils n’est simplement par rentable.

Pire que ça, la réglementation française sur le prix unique du livre permet aux grosses enseignes de se faire une marge globale plus importante car elles rationalisent leurs frais.

Bonne nouvelle : il y a une solution à ce problème.

La robotique

En utilisant massivement des robots dans ses hangars pour rassembler, trouver et acheminer les livres, l’entreprise gagne de l’argent là où tout doit se faire à la main dans une librairie à taille humaine… avec un coût de main- d’œuvre plus élevé.

Là encore ce n’est pas vraiment un problème de la société qui vend tout de A à Z (regarder bien le logo). Mais c’est notre société actuelle qui fonctionne comme ça.

Bonne nouvelle : il y a une solution à ce problème.

L’exploitation humaine

Un certain nombre d’enquêtes ont permis d’établir les conditions d’esclavage auxquelles sont soumis les employés de la marque au sourire (oui toujours le logo) : «la peur organisée», «conditions de travail dignes du XIXe siècle»…

Curieusement, les solutions habituelles ne fonctionnent pas : grève, lois sociales, taxes… pourquoi ? Dans un contexte mondialisé, il est toujours possible d’aller voir ailleurs, dans le pays d’à côté.

Bonne nouvelle : il y a une solution à ce problème.

La solution

Alors je ne vais pas vous raconter une histoire comme sait si bien le conter ploum, mais je vais vous donner ma vision du changement de paradigme qu’il nous faut opérer pour résoudre ces problèmes de société. Il est d’ailleurs étonnant qu’en prenant l’exemple d’une seule société on capitalise autant de problèmes différents qui ont pour solution un rêve :

Je rêve d’un monde dans lequel un employé pourrait quitter son employeur si les conditions de travail ne sont pas correctes… sans pour autant mourir de faim, se retrouver sans toit ou sans vêtements.

Je rêve d’un monde où la robotisation nous délivrerait du travail pénible sans pour autant nous priver des revenus traditionnellement liés à ce travail.

Je rêve d’un monde où le coût de la main d’œuvre humaine soit faible et permette à chacun de travailler, non pas pour «faire de l’argent», mais à être utile à la société, pourquoi pas en conseillant des livres, en les contant, en organisant des discussions, club de lecture et autres lieux de rencontres humaines entre les lecteurs et les auteurs.

Ce rêve pourrait voir le jour avec un revenu de base.