La Cathédrale et le Bazar

Il me semble que les la plupart des organisations, associations ou entreprises pour lesquelles j’ai œuvré (de manière directe ou indirecte, rémunéré ou bénévole) sont organisé selon le mode du « basard » et jusqu’à très récemment je n’avais expérimenté que ça.

L’expression « La Cathédrale et le Bazar » proviens d’un informaticien américain, Eric Raymond, également cocréateur du terme « open source ». Au travers d’un livre racontant son expérience de développement d’une application, Eric nous montre une manière différence de travailler à plusieurs. Cette méthode n’est pas rigide et hiérarchique comme peut l’être une cathédrale et laisse à la fois la liberté aux gens de participer tout en donnant au projet une grande flexibilité.

« Mieux vaut publier un logiciel fonctionnel mais imparfait, dynamique et pouvant bénéficier des contributions de chacun (marché) que d’attendre un stade de développement avancé (cathédrale). Cela permet selon l’auteur de s’appuyer sur la dynamique du projet plutôt que de risquer son essoufflement. » wikipedia

Les contradicteurs diront certainement que c’est un mode de fonctionnement qui ne peut fonctionner que sur des petits projets et ne donner que de petit fruit… les mêmes personnes ouvrent leur encyclopédie Larousse pour rechercher des informations sur un sujet, car, en fait le « bazard » est le mode de fonctionnement qui a donnée naissance à wikipédia, aux logiciels libres et même Internet.

« Il s’agit de coopération sans coordination. » Clay Shirky

L’art de laisser les gens participer et quelque chose de très complexe, parfois difficilement compatible dans le monde économique : « je te paye donc je décide de ce que tu fais » et difficile à accorder avec « viens mettre à profit tes connaissances là où tu penses que tu seras le plus utile ».

Dans les associations, le problème financier n’est souvent pas présent. Les personnes participantes sont en général bénévole et ont un intérêt commun au projet.

Récemment, j’ai fait l’expérience d’un participation dans une association en mode franchement « cathédrale ». Une première pour moi.

La première chose que j’ai ressentie, c’est les énormes tensions que ce mode de fonctionnement génère, vraisemblablement lié au fait qu’il y ait, dans ce système hiérarchique, des dominants et des dominés, des commandants et des exécutants.

La seconde chose que j’ai pu observer, c’est l’inefficacité du système. En effet, la plus grande partie du temps est passé à discuter, expliquer, convaincre et jamais à agir. À force de vouloir se coordonner, nous finissons par ne rien faire ! Ici, la comparaison avec wikipédia est particulièrement pertinente : les participants écrivent des articles sans jamais demander la permissions.

Ask forgiveness, not permission.

Le troisième point problématique que j’ai rencontré, c’est le découragement des participants. Face à l’inefficacité ou face à la domination d’un autre, parfois j’ai voulu abandonner et j’en ai vue d’autre s’en aller. Peut-être d’autres encore se seront résigné ?

JFDI

Un autre problème auquel j’ai été confronté, est l’opacité du système : très vite, vous vous retrouvez cantonné à votre petit domaine et le reste ne vous est pas accessible. Il vous est alors difficile, voir impossible d’accéder aux informations des autres domaines. Exactement comme les œillères pour un cheval. Ce problème peut paraître assez secondaire car dans un système complexe il est toujours quasiment impossible de tout savoir. Cependant, garantir l’accès à l’information permet de laisser les gens chercher et comprendre pourquoi les choses sont faites « comme ça » et ainsi de pouvoir adapter son travail à cela.

Beaucoup de frustration donc, dans un mode de fonctionnement qui finalement m’apparaît comme naturellement violent. Certes le « bazard » peut être violent parfois, mais ce ne sont le plus souvent que de petites susceptibilités, et rien n’empêche, à tous moments, de faire machine arrière ou de faire un projet concurrent de son côté, de créer un « fork ».

Pour creuser un peu le sujet, je vous invite à écouter Clay Shirky, ou à lire La Cathédrale et le Bazar. Et surtout, ne vous privez pas de me défendre les éventuels atout du mode « cathédral » !

10 ans… d’expérience

Vous connaissez la blague : « J’ai 20 ans avec 10 d ‘expérience ! » ? Je viens d’expérimenter cela avec l’un de mes derniers projets, celui-là même que j’avais réalisé lorsque j’étais en stage de fin d’étude il y a 10 ans.

Le site n’a pas beaucoup évolué d’un point de vue fonctionnel, c’est un magazine en ligne avec beaucoup d’articles et quelques fonctionnalités secondaires. D’un point de vue ergonomique et esthétique, il a vécu sa vie, remanié régulièrement.

Quand j’en ai fait la refonte il y a 10 ans, je ne connaissais pas la technique, je parlais à peine les langages, l’ergonomie, le graphisme et le marketing était des gros mots pour moi. Bref : j’étais un grand débutant.

Les conséquences directes, c’est que j’ai passé des heures, des jours, des mois à essayer laborieusement de faire fonctionner tel ou tel élément… J’ai de ce stage le souvenir d’avoir passer mon temps à chercher des solutions à un nombre inimaginables de problèmes. J’ai aussi le souvenir d’une grande fierté à avoir réalisé tout seul ce site… malgré ses imperfections.

Quelques mois après, j’étais ingénieur. Puis j’ai eu un premier job, puis un second, avant que je mette à mon compte. Durant cette période, je me suis occupé à apprendre, tous les projets étaient des prétextes pour tester une technique, essayer une nouvelle technologie… améliorer également ce qui peut l’être : l’interface, l’ergonomie, l’esthétisme (et même le marketing).

Je dois faire ici une parenthèse, j’ai beaucoup suivi les conférences de Paris Web, et pourtant je n’y suis allé qu’une fois. Ces conférences m’ont donné une seconde formation, celle du terrain, celle que l’on ne peut apprendre dans les écoles. J’ai eu l’occasion également d’aller à des Symfony Live (merci à mon second employeur) qui ont également pu booster ma motivation à aller de l’avant, à tester de nouvelles solutions.

Et voilà qu’au printemps 2015, j’ai un appel d’un partenaire qui me demande de refaire un site (ça m’arrive souvent en fait), mais pas n’importe quel site, celui-là même que j’avais fait en stage de fin d’étude. Je vous avoue que ça ne m’a pas du tout emballé dans un premier temps, je me souvenais surtout des difficultés que j’avais eues, des retours incessants sur je ne sais quel bug que je n’arrivais pas à corriger…

Et puis j’ai réalisé : ça c’était avant !

Je vous passe les dizaines de problématiques que je savais déjà résoudre, les difficultés de technologie, de langages… ce coup-ci il m’aura fallu quelques jours pour réaliser un site plus solide, mieux conçu, avec moins de bug, plus utilisable que ce soit pour l’internaute que pour l’administrateur. Je n’ai pas eu à chercher la solution à beaucoup de problèmes ce qui ne m’a pas empêché de tester de nouveaux outils, de nouvelles techniques.

J’ai grandi, j’ai progressé pour devenir un développeur compétent et productif.

Je devrais ajouter tout de même, que rien n’aurait était possible sans ce premier site. En effet,  j’ai décroché mon premier job en partie grâce à cette expérience. Et cette expérience cumulée aux suivantes m’a emmené plus loin…

S’il n’y avait pas eu cette première personne qui m’a fait confiance (et qu’il l’a peut-être regretté étant donné mon incompétence de l’époque ?) rien n’aurait été possible. Merci à lui, merci à toutes les personnes qui prennent le risque de faire travailler un débutant… qui prennent le temps de former un incompétent.

Aujourd’hui j’ai 23 ans avec 10 d’expériences !

Certain me demanderont de quel site il est question… c’est www.atoi2voir.com aujourd’hui propulsé avec WordPress, tandis qu’il y a 10 ans c’était du Manbo (qui a été plus tard forqué pour produire Joomla). Le graphisme est de Furious Creation, il y a 10 ans c’était moi avec mes petites mains et mon mauvais goût.

Partage des œuvres et Revenus pour les artistes

J’écoutais samedi le «Débat sur la légalisation et la rémunération du partage sur Internet» à «Pas sage en seine», sujet passionnant où tous les interlocuteurs sont d’accord au moins sur une chose : Internet change terriblement la donne.

Les Revenus

Je suis complétement d’accord avec Thierry Crouzet quand il affirme que  le Revenu de Base fait tomber la question de la rémunération des auteurs, tout au moins de ceux qui créent pour autre chose que de l’argent. J’ai d’ailleurs était assez surpris de la retenue de Lionel Maurel sur ce point (à 46min) : «même avec un revenu de base, il y aurait quand même intérêt à laisser une contribution créative».

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec ça : est-ce la course à l’argent qui motive les artistes ? Si tel est le cas, il faut les qualifier d’«hommes d’affaire».

Un artiste fait son œuvre et espère qu’elle sera diffuser et qu’elle touchera son public. Le Revenu de Base lui assure une sécurité matérielle durable pour pouvoir réaliser ses œuvres.

Un homme d’affaire réalise des investissements, et ce faisant, il prend un risque pour rentabiliser son œuvre puis faire du bénéfice. Le Revenu de Base ne change rien pour lui si ce n’est une certaine assurance (meilleure que celle revendiquée par les intermittents du spectacle).

Le partage

Le partage libre et gratuit dès la publication ne va pas changer grand chose à l’artiste en matière de revenu et va lui donner l’occasion d’atteindre plus facilement le public, en revanche il peut se révéler catastrophique pour l’homme d’affaire.

À mon avis, la solution proposée par Lawrence Lessig (dont Lionel Maurel reprend des morceaux) est bien meilleure :

  • Par défaut toutes les œuvres sont dans le domaine public
  • Il est nécessaire d’enregistrer tout œuvre dont on souhaite une protection de la part de l’état.
  • Cette enregistrement est payant, d’une durée limitée (par exemple : 5 ans pour un film, 1 an pour un livre, 2 ans pour un disque), renouvelable une seule fois.
  • Le dépôt de l’œuvre est obligatoire pour permettre sa diffusion et sa résilience une fois qu’il est élevé dans le domaine public.

Ainsi l’artiste peut choisir de commercialiser son œuvre sans pour autant craindre qu’elle ne soit enfermée dans le droit d’auteur.

L’homme d’affaire doit simplement prendre en compte dans son business modèle un temps fixe pour rentabiliser son œuvre.

Le partage et les revenus

À ce système peuvent être cumulés des systèmes privés de rémunération.

Crowdfunding

Le crowdfunding pour financer l’œuvre par le public directement par souscription. Le coût humain étant bien plus léger, ce financement est plus facile.

Don et micropaiement

A posteriori, l’artiste peut choisir de recevoir des dons en espèces sonnantes et trébuchante. Par exemple, flattr permet de rétribuer un panel de créateurs que l’on aime et à qui on va décider d’attribuer un budget.

Dans un cas comme dans l’autre, le risque est limité car l’artiste a son revenu de base pour vivre quoi qu’il arrive. Le public ayant acquis une sécurité financière sera également plus à même de donner pour encourager les projets qu’il apprécie.

Le revenu de base est expliqué au musée du Capitalisme à Namur.

Au final, le partage est assuré pour tout œuvre, au pire après un délais court : le grand gagnant est la culture.

La rémunération est assurée pour tous, grâce au revenu de base.

Il existe toujours des formes de «contributions créatives», des revenus supplémentaires pouvant (éventuellement) favoriser la création.