1984

518M1ad9yiL._SX302_BO1,204,203,200_J’ai fini par lire cet ouvrage incontournable de George Orwell tant il est source d’inspiration pour de nombreuses autres fictions et tant il dénonce de problèmes de notre société.

J’ai également lu ce livre car il m’a été offert par chapitre11, qui me l’a recommandé comme à d’innombrables personnes.

Incontournable donc en ces périodes où nous parlons sécurité et surveillance, sauf que ce qu’ Orwell décrivait en 1956 n’est pas tellement éloigné de la réalité d’aujourd’hui où pas suffisamment pour m’impressionner… où peut-être en suis-je simplement plus conscient, comme je l’écrivais déjà en 2012 dans cet article.

Voici quelques points retenus de ce livre :

La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien.

Étonnant non ? Les premières lignes du récit nous ouvrent un doute : 1984 ? Ou peut-être 1986 ? Comment en être certain ? Et cela va plus loin : l’auteur nous décrit un monde où l’information et la culture sont ré-écrites en permanence dans un processus perpétuel pour assurer que tout soit vrai à tout moment, que tout soit en accord avec le présent et les choix politiques. Cette modification des informations à posteriori laisse très vite un grand doute sur la véracité de l’ensemble. Ainsi l’histoire est récrite en temps réelle, pour nous faire croire qu’il y a toujours eu la guerre contre tel pays, même si vous savez pertinemment qu’hier c’était contre un autre… de toute façon dans 6 mois vous serez bien trop embrouillé pour pouvoir discerner quoi que ce soit là-dedans.

Personnellement, ça fait déjà quelques années que je m’éloigne le plus possible des canaux d’informations classiques, et quand je la lis, je prends l’information avec beaucoup de réserves. D’ailleurs peut-on parler d’information ? Il s’agit plutôt d’un message que quelqu’un nous communique, est-il réellement vrai ? Puis-je le vérifier ? Cela a-t-il une incidence sur ma vie ? … Autant de questions auxquelles on ne peut s’empêcher de penser quand on prend conscience de la facilité d’écrire et de récrire. La lecture du gorafi est le parfaite exemple : est possible de parler de choses qui sont pertinemment fausses.

Le langage est la meilleure des armes

Et pas seulement parce qu’il permet de maintenir les gens dans une certaine ignorance, ni même qu’il permet de faire passer le message que l’on veut. Bien au-delà, George Orwell nous décrit la création d’une langue dont le but est de ne pas penser pour ne pas prendre conscience du monde qui nous entoure. Cette langue, le novlangue, est construite par appauvrissement du vocabulaire, par simplification ultime, à tel point qu’il en devient impossible d’exprimer une quelconque pensée, un quelconque doute – voire même une quelconque nuance. L’individu est alors contraint et forcé d’accepter les choses telles qu’elles sont puisqu’il ne peut exprimer autre chose.

Cela va exactement à l’opposé de la communication non violente. Dans «Cessez d’être gentil soyez vrai », Thomas d’Assembourg commence par nous dire que nous devons exprimer nos sentiments et pour cela à développer notre vocabulaire pour pouvoir communiquer avec les autres de manière respectueuse.

La solution est l’amour

Le récit d’Orwell commence avec un homme malade. Si la source de ces maux n’est pas énoncée, il n’est pas infondé de la chercher dans le fait qu’il n’existe pas, en tant qu’individu : c’est une machine, l’outil de production d’un système. Au fil du récit il développe une relation amoureuse. Cette relation, en plus de le guérir de ses pathologies, lui fait prendre conscience de qui il est et va le libérer de son immobilisme et lui permettre de prendre des initiatives.

L’amour permet la relation, la relation permet de faire société et donc d’exister au sein d’un groupe inter-dépendant.

De l’autre côté tout est fait pour décourager l’amour : de l’incitation à la délation, jusqu’aux relations sexuelles tabou… tout y passe jusqu’au fin fond du ministère qui a pour but de l’éradiquer.

« La guerre c’est la paix »

Quelle devise incroyable… et improbable ! George Orwell nous décrit au détour de son ouvrage les bienfaits de la guerre sans aucune langue de bois. Il faut absolument faire la guerre, c’est une nécessité, de préférence à l’extérieur du territoire. Elle apporte tellement de bonnes choses, à commencer par le plein emploi ! En effet, il faut produire les armes qui seront détruites, reconstruire ce qui a été détruit … et cela sans l’aide des morts : la guerre est la solution à la volonté de croissance perpétuelle.

Relire les 50 dernières années d’histoire à la lumière de ceci est juste… Stupéfiant.

 

Certain me diront que ce livre est très sombre, que les conclusions en sont déprimante, d’autant plus qu’il semble être un manuel, consciemment ou inconsciemment, pour les gouvernements et autres personnes de pouvoir. Il n’en est rien et vous devriez le lire en considérant que c’est une fiction qui permet à Orwell d’aller très loin dans la caricature, et surtout, les solutions à tous les problèmes mises en avant sont données de manière plus ou moins explicite. Ce livre n’est pas un manuel de la parfaite dictature, mais bien le manuel de comment exister en tant qu’humain dans une société qui ne veut pas forcément de nous.

Partage des œuvres et Revenus pour les artistes

J’écoutais samedi le «Débat sur la légalisation et la rémunération du partage sur Internet» à «Pas sage en seine», sujet passionnant où tous les interlocuteurs sont d’accord au moins sur une chose : Internet change terriblement la donne.

Les Revenus

Je suis complétement d’accord avec Thierry Crouzet quand il affirme que  le Revenu de Base fait tomber la question de la rémunération des auteurs, tout au moins de ceux qui créent pour autre chose que de l’argent. J’ai d’ailleurs était assez surpris de la retenue de Lionel Maurel sur ce point (à 46min) : «même avec un revenu de base, il y aurait quand même intérêt à laisser une contribution créative».

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec ça : est-ce la course à l’argent qui motive les artistes ? Si tel est le cas, il faut les qualifier d’«hommes d’affaire».

Un artiste fait son œuvre et espère qu’elle sera diffuser et qu’elle touchera son public. Le Revenu de Base lui assure une sécurité matérielle durable pour pouvoir réaliser ses œuvres.

Un homme d’affaire réalise des investissements, et ce faisant, il prend un risque pour rentabiliser son œuvre puis faire du bénéfice. Le Revenu de Base ne change rien pour lui si ce n’est une certaine assurance (meilleure que celle revendiquée par les intermittents du spectacle).

Le partage

Le partage libre et gratuit dès la publication ne va pas changer grand chose à l’artiste en matière de revenu et va lui donner l’occasion d’atteindre plus facilement le public, en revanche il peut se révéler catastrophique pour l’homme d’affaire.

À mon avis, la solution proposée par Lawrence Lessig (dont Lionel Maurel reprend des morceaux) est bien meilleure :

  • Par défaut toutes les œuvres sont dans le domaine public
  • Il est nécessaire d’enregistrer tout œuvre dont on souhaite une protection de la part de l’état.
  • Cette enregistrement est payant, d’une durée limitée (par exemple : 5 ans pour un film, 1 an pour un livre, 2 ans pour un disque), renouvelable une seule fois.
  • Le dépôt de l’œuvre est obligatoire pour permettre sa diffusion et sa résilience une fois qu’il est élevé dans le domaine public.

Ainsi l’artiste peut choisir de commercialiser son œuvre sans pour autant craindre qu’elle ne soit enfermée dans le droit d’auteur.

L’homme d’affaire doit simplement prendre en compte dans son business modèle un temps fixe pour rentabiliser son œuvre.

Le partage et les revenus

À ce système peuvent être cumulés des systèmes privés de rémunération.

Crowdfunding

Le crowdfunding pour financer l’œuvre par le public directement par souscription. Le coût humain étant bien plus léger, ce financement est plus facile.

Don et micropaiement

A posteriori, l’artiste peut choisir de recevoir des dons en espèces sonnantes et trébuchante. Par exemple, flattr permet de rétribuer un panel de créateurs que l’on aime et à qui on va décider d’attribuer un budget.

Dans un cas comme dans l’autre, le risque est limité car l’artiste a son revenu de base pour vivre quoi qu’il arrive. Le public ayant acquis une sécurité financière sera également plus à même de donner pour encourager les projets qu’il apprécie.

Le revenu de base est expliqué au musée du Capitalisme à Namur.

Au final, le partage est assuré pour tout œuvre, au pire après un délais court : le grand gagnant est la culture.

La rémunération est assurée pour tous, grâce au revenu de base.

Il existe toujours des formes de «contributions créatives», des revenus supplémentaires pouvant (éventuellement) favoriser la création.

Internet supprime les intermédiaires

C’est le grand problème d’internet, mais c’est aussi une bonne nouvelle dans le cas particulier de l’édition : l’édition transformée par le financement participatif.

Notez que la souscription n’est pas une nouvelle méthode de financement, elle existait bien avant Internet. En revanche Internet facilite la mise en relation du publique (des lecteurs) et des auteurs (les artistes). Cela permet d’augmenter considérablement le nombre de souscripteur qui vont donc pouvoir payer beaucoup moins. De là a parler, littéralement, de financement par la foule :  «crowdfunding» !

Il est important aussi de voir que l’éditeur a un pouvoir : celui d’accepter ou non d’éditer le livre. Internet remet en cause ce pouvoir : ce n’est plus quelques personnes qui décident si oui ou non l’artiste peut s’exprimer, c’est les lecteurs, dans leur relations avec l’artiste qui ont cette possibilité.

Il serait alors intéressant de voir qu’elle artistes arrivent à être éditer par ce système. Certainement ceux qui ont un contact direct avec leur publique, qui ont déjà une communauté de lecteurs obtenus vraisemblablement en diffusant une partie de leur œuvre avant de faire un livre. Là encore, Internet permet d’accéder facilement au publique.

L’exemple de «commit strip»

À l’origine, il s’agit d’un simple blog de dessinateur commencé en février 2012. Le principe est simple, chaque jour une planche est publié.

Durant 1 an et demis ils vont évolués, définir un style, des personnages… mais surtout : satisfaire une communauté de fan.

En septembre 2013 ils décident de faire un livre et opte pour un financement participatif. Le succès est immédiat, la communauté de fan se précipite et le projet est financé en quelques heures à peine. Il finira par obtenir près de 20 000 € au lieu des 3 000 € attendu.

Tout les projets de crowdfunding ne connaissent pas ce succès. Je peux vous citer par exemple ce projet de film documentaire pour le revenu de base qui peine à trouver son budget.

Ceci dit les outils sont là pour que l’œuvre atteigne son public.

La mort des éditeurs ?

Pas si sûr. Le métier est évidement considérablement remis en cause par l’arrivé d’Internet. Il y a sûrement eu des abus de la part d’éditeurs. Mais comme tous domaines en constante évolution il doit savoir s’adapter et se ré-inventer pour montrer sa valeur ajouté. En particulier, l’éditeur devra assurer la diffusion et la promotion de l’œuvre, surtout si l’auteur n’a pas de communauté de fan, ou ne veut pas s’en charger lui même.

Et le droit d’auteur dans tout ça

Grâce à la souscription, les auteurs ont l’assurance d’être payé, les frais de production et de diffusion également… il n’y a plus lieu d’utiliser le monopôle du droit d’auteur pour tenter de rentabiliser l’œuvre puisqu’elle est rentabilisé ! Voir l’article de Lionel Maurel (Calimaq) à ce sujet : Crowdfunding sans licences libres = piège à gogos ?

Il conviendra donc de mettre l’œuvre ainsi financé sous licence libre afin que celle-ci soit diffusé largement sans pour autant abandonner la paternité. Par exemple, une licence «CC BY SA» (creative common, attribution, partage avec la même licence), fera l’affaire.