Propriété et Usage

Qu’est-ce qui est plus important : posséder un bien, ou en avoir l’usage ou l’accès ?

D’un point de vue immobilier, nous avons pris l’habitude de considérer que la propriété n’est pas indispensable et que l’on peut rester locataire toute sa vie. Un locataire utilise in logement qui est la propriété de quelqu’un d’autre. Mais quid des logements laissés vides, donc inutilisés ? Inversement, comment assurer un droit au logement, droit qui sous-entend l’accès et non la propriété ?

Ramenons le problème à une autre forme de propriété :  le logiciel. La personne qui le créé en est le propriétaire, les personnes qui s’en servent sont des utilisateurs. La seule chose que Richard Stallman ait faite, est de défendre les droits des utilisateurs en ne touchant quasiment pas aux droits du propriétaire. En fait, celui-ci se retrouve contraint à quelque chose (distribuer le code source) uniquement pour défendre les droits de l’utilisateur.

Nous avons pris l’habitude de définir la liberté par ses limites : «La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui». De la même façon, la propriété privée a ses limites. L’une d’elle, est de dire :

«lorsque quelqu’un s’approprie un objet, il doit en rester suffisamment et en qualité aussi bonne, en commun pour les autres» clause lockéenne

En clair, on ne prend pas le dernier biscuit apéritif du plat.

En matière d’immobilier, la crise actuelle est due, en partie, à la non utilisation de logements/bureaux laissés vides. Si on essaie d’extrapoler la clause lockéenne, on se rend compte que les logements inutilisés nuisent à ceux qui en manquent, à ceux qui sont mal logés…

Il n’est pas malhonnête d’occuper un logement vide. Une cour de justice espagnole l’a affirmé en laissant des squatteurs s’installer dans un immeuble vide appartenant à une banque.

D’une manière plus générale (au delà de l’immobilier), il serait bon de renforcer les droits des utilisateurs, quitte à poser quelques contraintes aux propriétaires, comme le logiciel libre l’a fait.

L’évolution dans un monde en réseau

Internet a changé nos vies… enfin pour certains, car nous n’avons pas tous la même utilisation du réseau. Benjamin Bayart tente de nous expliquer brillamment comment cela se produit et à quoi ça nous mène.

1. Acheteur ou Kikoulol, le passage au numérique

Dans cette première étape, l’internaute débutant va reproduire sur Internet ce qu’il fait dans la vraie vie : achat ou commérage sont des activités rendues plus faciles avec le réseau.

2. Lecteur, la source d’information

Dans la suite logique du passage au numérique, l’activité de lecture de l’actualité se fait en ligne également.

Très vite la capacité critique se met en place, et les sources d’informations se multiplient.

3. Râleur

Cette évolution conduit naturellement à l’expression de son mécontentement, de façon brutale et non constructive : « Vous dites n’importe quoi ! », « c’est faux. »…

Notre Internaute fait là un pas énorme : il s’exprime en public !

En revanche, le côté non productif – voir violent – provoque un retour de bâton : « Apprends à t’exprimer ! »

4. Commentateur, l’apprentissage de l’expression en public

À force de s’entendre dire de se taire, l’internaute va étayer ses arguments et commencer à engager une réelle discussion publique, courtoise et construite.

« Indignez-vous ! »

5. Auteur

Le processus va s’amplifier jusqu’à ce, qu’éventuellement, l’Internaute se trouve à l’étroit dans les lignes des autres et choisisse de construire et de publier ses propres articles.

Curieusement, cette étape parait insurmontable à certains !

« Engagez-vous ! »

6. Animateur

Cette dernière étape connue, est celle où l’on va inviter d’autres personnes à s’exprimer dans ses pages et où l’on relaye ainsi les informations des autres.

C’est ainsi, selon sa formule :

« L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire » Benjamin Bayart

C’est l’apprentissage de la citoyenneté !

Et vous, où en êtes-vous dans ce cycle ?

Voici l’extrait de la conférence en vidéo, la conférence intégrale est disponible ici : Neutralité du Net (torrent).

les philosophes du nouveau monde

Nous nous souvenons tous de nos livres d’Histoire et les noms des personnes qui ont changé notre monde pour nous faire sortir du Moyen Age. Ceux que je retiens avant tout, ce sont ceux qui ont développé des idées ou qui ont contribué à les diffuser. Je pense à Rousseau, Diderot, mais aussi à Gutenberg où à Luther sans oublier les pères fondateurs et il y en aurait tant d’autres… Ils n’étaient pas parfaits, mais ont tout de même contribué à améliorer notre manière de vivre et notre façon de voir les choses.

Aujourd’hui le monde continue d’évoluer, la lecture de framablog (merci à Alexis Kaufmann) nous le rappelle jour après jour : « Le logiciel libre peut redonner sens à nos vies » Bernard Stiegler, Censure du Net et DRM ne seront jamais la solution répond ESR à Hollywood, Regarde le capitalisme tomber à l’ère de la production Open Source, Blackout de la Wikipédia en anglais pour protester contre SOPA le 18 janvier 2012, Cinglante et prémonitoire citation de David Bowie sur l’avenir de l’industrie musicale… Mais d’où nous viennent ces idées nouvelles ?

«L’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire » Benjamin Bayart.

Nous avions mémorisé le nom de Gutenberg, pourtant, ceux qui ont bâti Internet sont passés aux oubliettes : Bob Taylor, Lawrence G. Roberts, Vint Cerf, Bob Kahn, Tim Berners-Lee… ceux-là sont rentrés dans la légende.

Je me demande si Martin Luther King n’a pas sa place ici, comme l’homme pointant du doigt un système et non un individu isolé, de la même manière qu’internet met l’intelligence sur la périphérie.

Mais Internet ne fonctionnera pas sans logiciel, celui-ci était d’abord partagé librement avant que des intérêts économiques ne viennent monnayer ces échanges. Cela ne plut pas à Richard Stallman qui, en fondant le logiciel libre, théorisa le partage du logiciel et la liberté d’usage. Bien sûr ils sont suivis par beaucoup de monde : Eric Raymond auteur de «La Cathédrale et le Bazar», Linus Torvalds que l’on ne présente plus, Eben Moglen, Loyd Blankenship auteur du «Manifeste du hacker», Tristan Nitot…

Fort de ce travail sur la propriété et l’usage, Lawrence Lessig, décrit les limites du droit d’auteur et met en place les “creatives commons” : la culture libre est née.

Ensuite la porte était ouverte pour Jimmy Wales qui se lance dans le partage massif du savoir en lançant wikipédia. C’est le plein essor du P2P, mais pas de nom à retenir si ce n’est des noms de protocole : napster, Bittorrent…

Vint Cerf, Richard Stallman, Tim Berners-Lee, John Perry Barlow, Eric Raymond, Jimmy Wales, Linus Torvalds, Lawrence Lessig (source: wikipedia)

C’est là que la guerre a éclaté. Les industries du cinéma et de la musique se sont senties attaquées et ont réagi : la neutralité du net a été mise à mal. Le mouvement s’est durci : la quadrature du net avec Philippe Aigrain, Jérémie Zimmermann, l’april (Frédéric Couchet), fdn (fournisseur d’accès Internet associatif) avec Benjamin Bayart, Electronic Frontier Foundation avec John Perry Barlow auteur de «Déclaration d’indépendance du cyberespace», le parti pirate avec Rickard Falkvinge et bien d’autres vont politiser le mouvement.

Dans cette guerre de l’information, on n’oubliera pas l’épisode WikiLeaks avec Julian Assange dont le site se voit censuré. La réaction du mouvement se conjugue différemment selon les fronts : Anonymous, révolution arabes (Slim Amamou), indignés (Stéphane Hessel), 99%…

Par ailleurs les idées se sont étendues à d’autres secteurs :

Voici par exemple ce que j’ai rapidement trouvé sur la Wikipédia anglophone (prendre une grande respiration) : Open Source Hardware, Open Format, Open Standard, Open Data, Open Access, Open Content, Open Education, Open Educational Resources, Open Textbooks, Open Source Governance, Open Source Political Campaign, Open Design, Open Source Car, un très étonnant Open Source Religion, Open Cola et, le meilleur pour la fin, Open Source Beer !

source : Open Source Ecology ou la communauté Amish 2.0

Tout cela n’est que le début de l’histoire du changement d’ère, le passage vers une société du partage et de la liberté.

Alexis Kaufmann, Frédéric Couchet, Benjamin Bayart, Tristan Nitot  (source: wikipedia)

Alexis Kaufmann, Frédéric Couchet, Benjamin Bayart, Tristan Nitot (source: wikipedia)